Nous sommes désolé mais ce webdocumentaire est bien trop beau pour être regardé sur un périphérique de si petite taille.

Projet

Mettre des pianos dans Paris est un événement tant artistique que culturel et social.
Nous avons suivi l’été dernier la seconde édition pendant trois semaines, autour de cinq pianos minutieusement choisis pour leur emplacement et leur artiste. Véritable vecteur de lien social, le piano devient le centre d’une vie de quartier. Par l’étude du trouble qu’il provoque chez l’habitant, nous avons tenté de comprendre ce qui fait l’identité de cinq quartiers de Paris.

Il y a bien lieu de considérer l’opération Play Me I’m Yours comme une œuvre à part entière. Elle est celle de Luke Jerram, auteur d’un master plan qui dépasse les frontières et son simple créateur.

L’Origine du Projet :

Le projet Play Me, I’m Yours a vu le jour en 2007 à Birmingham. L’artiste anglais Luke Jerram avait alors disposé quinze pianos en libre service dans les rues, gares et jardins publics de la ville pendant 3 semaines. L’évènement avait accueilli environ cent quarante mille curieux, venus écouter ou jouer sur ces pianos. L’idée s’est ensuite exportée dans près de quarante villes, parmi lesquelles New York, Sydney ou Barcelone, pour atteindre une population estimée à environ cinq millions de personnes.

Chaque ville apporte sa particularité au niveau culturel et pour la prise en charge de l’évènement. Les festivals, associations ou sociétés d’évènementiel qui s’en occupent y amènent leurs spécificités en lien avec les populations concernées.

La reconduite de cette initiative soulève des questions plastiques, sociales et musicales inédites. L’œuvre de Luke Jerram se distingue par son originalité tout en s’inscrivant dans un univers au croisement de l’art contemporain, du street art et des arts de rue. Paris faisant partie des capitales mondiales de l’art urbain, le lieu de l’évènement implique un véritable dialogue artistique avec les artistes et la population locale. De par l’usage de la ville qu’elle propose, l’œuvre agit comme un révélateur des tissus sociaux qui composent la population.

Play Me I’m Yours : une politique de générosité

L’événement se caractérise par sa gratuité, sa générosité et son désintéressement. Si la société Community l’utilise pour se faire connaitre auprès de ses partenaires, cela n’est pas en ciblant la population concernée. La démarche du projet est une démarche d’offre sans message. Dont le seul message serait celui d’exister et d’interroger.

L’œuvre ne demande aucun pré-requis matériel ou académique. Elle rejoint l’intention de Ernest Pignon Ernest et la pousse encore plus loin : « Au fond, je ne dirais pas que je fais des œuvres en situation, mais que j’essaie de faire œuvre des situations. (…) Il se produit une sorte d’identification, le regardeur participe (…), la représentation devient présence, la rencontre est vécue comme une expérience personnelle ».

Luke Jerram propose un partage, une expérience collective qui est elle-même un acte de création. Cet acte est artistique mais surtout social. Les pianos créent un dialogue social autour d’un langage universel, ils font tomber des barrières et contribuent à tout genre de rapprochements.

Equipe

Chasse à Courts
Chasse à Courts accompagne les cinéastes de demain dans la production de courts-métrages, documentaires ou projets nouveaux médias. Nous intervenons à toutes étapes du développement des projets, de leur genèse à leur distribution, avec une attention particulière apportée à la vie des films en festival. Nous recherchons avant tout l’originalité dans la création.

Hannah Rosselin - Réalisatrice
C’est à Phnom Penh au sein du centre Bophana Bophana de Rithy Panh qu’Hannah découvre les documentaires. De retour à Paris, elle travaille comme JRI au sein de La Netscouade et pour Paris.fr. Aujourd’hui en freelance, elle réalise en 2013 son premier court métrage et développe deux documentaires.

Adrien Laville – Auteur
Ancien étudiant de Sciences Po Paris et du master Scénario, Réalisation, Production de Paris 1, Adrien est membre du collectif de cultures urbaines Noise, la ville. Il co-réalise en 2013-2014 deux documentaires 52’ sur la naissance d’une galerie d’art et l’évolution du mouvement hip-hop en France.

Martin Gondre - Producteur
Tout juste sorti de ses études de chinois, Martin crée Chasse à Courts. Il travaille en parallèle chez Indie Sales, un agent de ventes internationales de films indépendants où il s’occupe de la relation avec les festivals après être passé chez Memento Films.

Charles Bin - Producteur
Elève-avocat depuis peu, Charles vient de finir le Master D2A de production audiovisuelle. Il s’associe à l’équipe et gère depuis la production de projets documentaires et courts-métrages. Il porte également des projets proches de l’art contemporain.

Directeur financier – Hugo Kloeckner

Chef Opérateur – Valentin Milou

Prise de son & MixageThomas Van Pottelberge

Assistante de Production – Alix Lepreux

Journalistes de Terrain – Anna Mabille et Mathilde Hamet

Renfort Son - Alexandre Gaudin

Renfort Image - Thomas Wood

Steadycam - Greg Arch et Raphaël Urbain

Chef Monteur – Hannah Rosselin

Assistants Monteur – Rémi Langlade, Nicolas Capiaux et Laurence Lamour

Etalonnage – Thibault Arbre

Musique Originale – John Ferrère (Hopestacle & Saturne)

WebdesignerRomain Belleville

Développeur WebOlivier Destenay

Motion-Design – Basile Krasnopolsky

Partenaires

Ce webdocumentaire n’aurait pas pu voir le jour sans nos partenaires.

Par leur aide, leur expertise ou simplement leur soutien ils ont tous apporté leur touche au projet et nous ne pouvons que les remercier profondément.

Community - coproducteur
Porteuse de l’événement Play Me, I’m Yours à Paris, Community est une agence d’ingénierie et de communication spécialisée dans le domaine de la culture, du tourisme et du sport.

Vanglabeke Films - coproducteur
Vanglabeke Films est une société de production audiovisuelle, cinématographique et numérique dont l’ambition est de décrypter les enjeux de la jeunesse dans notre société.

Cutcut Prod - coproducteur
Affiliée à La Netscouade, CutCut Prod est une agence de création d’histoires digitales. Elle conçoit et produit des contenus vidéo et multimédia (dataviz & infographies).

Un grand merci à tous nos contributeurs Kisskissbankbank sans qui rien n’aurait été possible :

Alain Karkegi - Alexandra Gotthold - Alexandre Brachet - Alfred Mignot - Anne Bastard Vaysse - Antoine Sire - Assya Mediouni - Benjamin Quesnel - Blandine Panhard - Brigitte Barbier - Catherine Beyssi - Catherine McGuigan - Catherine Faucher - Christophe Andrivet - Christophe Musset - Cyrille Serra - David Gélin - Dominique Guymont - Eric Ghebali - Eric Walther - Famille Kraus - Fazilah Cadjee - Fiona Beeston - François Bourboulon - François Menard - François Ducroux - Gabriel Rosselin - Gabrielle Paoli - Gérard Raymond - Gilles Andrivet - Hervé Dubourjal - Hervé Lavergne - Jacques Rosselin - Jacques-Henri Lepreux - Jean Couturier - Jean Francis Gondre - Jean Louis Amblard - Jean-Christophe Gondre - Jean-Hervé Cohen - Jean-Marcel Bouguereau - Jeremie Chouraqui - Jérôme Laval - Laurence Couturier - Leila Smith - Livia Dumoulin - Luc Serrano - Marie France Naigard - Marine Mayoly - Martin Mayoly - Michel Romand-Monnier - Michèle Andrivet - Miléna Charbit - Muriel Aït-Kaci - Nata Rampazzo - Ornella Maurice - Patrick Robin - Pauline Guerrier - Pauline Cescau - Pierre-Yves Platini - Richard Benhaim - Rosalie Varda Demy - Sarah Hindi - Stéphane Distinguin - Steve Sieck - Thomas Fleurot - Thomas Guilbaud - Yann-Ludovic Philippe - Yves Belleville

Toute l'équipe remercie également :

La Ville de Paris - Le Forum des Halles - Marie Van Glabeke - Vincent Martin - Eric Pacheco - Arnaud Schneider - Virginie de la Grange - Alexandra Henry - Laure Giacobbi - Jacques Rosselin - Ronan Le Goff - Julien Dreher - Brice Laurent - Olivier Toumsy - Olivier Lambert - Guillaume Blanchot - Pierre-Emmanuel Mouthuy - Bastien Beckers - Sidonie Garnier - Pascal Riché - Pierre Haski - Martin Cazenave - Lionel Bordeau - Constance Bloch - Laurence Couturier - Jean-Fis Gondre - Brice Morin - Gaëlles Saules - Florent Laville - Les gardiens du parc de Belleville - L’Opéra Restaurant

Et tous les parisiens ayant répondu à nos questions !

Street art, graffiti et expressionnisme abstrait

Si l’art urbain apparaît comme une démarche rigoureusement nouvelle, beaucoup de ses codes appartiennent à une révolution antérieure : celle de l’expressionnisme abstrait, portée depuis New-York par Rothko et Pollock.

Le Colorfield de Rothko et le street art.

Une peinture de Rothko, c’est d’abord deux, trois, voire quatre rectangles horizontaux colorés de même longueur, aux bordures indistinctes. C’est ensuite un rectangle coloré vertical devant un mur blanc. A la composition colorée, douce et lyrique interne à la toile s’ajoute une composition stricte et géométrique externe à la toile, celle de la relation avec le support. L’objet principal n’existe qu’en présence du blanc qui l’entoure.

Les œuvres du Diamantaire suivent la même exigence d’interaction avec le support. Le miroir, récupéré dans la rue, instaure une relation nouvelle avec celle-ci en la reflétant. La richesse de l’œuvre tient de cette partie paradoxalement « vide » puisque non peinte. Ce n’est que dans la rue que cette partie vide peut s’alimenter de la lumière de la ville, de l’architecture et des passants pour prendre tout son sens.

D’un diamant à l’autre, la partie en miroir est identique, seule varie la moitié peinte. Si l’on s’attache à une œuvre singulière, c’est au contraire la partie peinte qui reste immuable tandis que le miroir reflète les infinies variations propres à l’instant et au point de vue. Ce jeu autour de la répétition et de la variation poursuit une logique propre au travail de Rothko.

Une fois son schéma habituel établi, ce dernier pouvait en effet peindre n’importe quel rectangle de couleur sans perdre en qualité artistique. A partir du moment où il a créé une composition unique particulière, chacune de ses déclinaisons a une valeur artistique équivalente tout en enrichissant le projet global, et c’est justement ce qui caractérise le travail du diamantaire.

L’artiste est son œuvre ?

Après avoir défini les caractéristiques de ce qu’est « un tableau par Rothko », l’artiste opère une sorte de fusion avec son œuvre puisqu’il peut difficilement s’en écarter. Néanmoins, si un peintre se décide à réaliser des rectangles colorés aux bords indéfinis sur une toile de grande dimension, alors ce peintre se contentera de faire un Rothko. Yves Klein a parfaitement intégré ce processus, en se faisant appeler « Yves le Monochrome », s’appropriant le principe même de la peinture monochrome, et avant lui Malevitch avait déjà signé l’une de ses dernières œuvres d’un carré noir sur fond blanc, se confondant ainsi avec son œuvre la plus emblématique.

L’aboutissement dans le nom même de l’artiste de sa fusion avec son œuvre est une des caractéristiques du street art. Invader désigne tout autant l’artiste qu’une de ses productions, et à la manière de Rothko, il est désormais réduit à ne produire que des personnages du jeu vidéo Space Invaders tout en s’octroyant en contrepartie l’exclusivité de l’utilisation de ce personnage dans le domaine artistique.

Le Diamantaire a justement choisi ce nom en contrepoint au processus d’assimilation de l’artiste avec l’œuvre. En apparence, il opère une distinction claire : il est « le diamantaire », et ses œuvres sont des « diamants ». Pour autant, « le diamantaire » ne peut désigner que celui qui fait des diamants, et il n’y a donc pas de réelle distinction dans la mesure où ce nom ne peut pas être utilisé pour un autre projet artistique.

De l’action painting à l’action writing ?

Né à New York, le graffiti doit aussi certains de ses principes à un autre peintre de la Grosse Pomme. Dans les années 50, Jackson Pollock a élaboré une technique de composition répétitive : le dripping. Influencé par les surréalistes qui tentaient de représenter les formes de l’inconscient, Pollock a cherché à faire intervenir cet inconscient dans sa manière de peindre.

En élaborant de grands mouvements sur des toiles déposées sur le sol, il jouait sur les limites de ce qui est contrôlé et de ce qui ne l’est pas. Cette spontanéité répétitive est aussi caractéristique du graffiti où l’artiste doit être rapide pour répéter la même signature dans une forme d’automatisme qui se rapproche des recherches sur la création inconsciente.

Pour Pollock comme pour beaucoup de graffeurs, la peinture finale est aussi importante que le moment de création.

Le radicalisme de Pollock se retrouve dans le graffiti où des artistes comme JonOne ou Azyle utilisent les mêmes techniques du drip ou de la saturation. Leurs travaux sont, en fin de compte, très proches de ce que faisait Pollock à deux exceptions près : la typographie et le medium. Les lettres deviennent un nouveau chemin vers l’expression abstraite avec toujours ce même attachement à l’énergie pure (voire l’Atlas). Cependant, cette énergie ne s’exprime plus sur une toile blanche mais sur des murs et des trains qui ne sont pas sensés être peint. Leur création détruit le médium et reçoit parfois l’accusation de vandalisme (voire Toc Toc).

Un art de l’écriture

En France, le tag est souvent désigné comme une dégradation, un acte de vandalisme. On en parle comme s’il s’agissait d’un fléau inexplicable. Tout d’un coup, dans les années 80, serait née une génération de vandales. Les jeunes auraient décidé d’envahir les rues et les transports de toutes les villes occidentales avec des bombes de peinture. Pourquoi ? Pour emmerder les contribuables et la RATP ? Parce qu’il permet aux jeunes des quartiers défavorisés de dire « j’existe » dans une société où on refuse leur existence ? Les médias et l’opinion publique s’interrogent sur la société française et cherchent à comprendre les causes sociales de ce phénomène.

A l’opposé de ces considérations, le tag peut pourtant être considéré comme une pratique positive, comme une discipline artistique nouvelle et particulièrement stimulante parce que accessible.

L’Atlas a commencé le tag vers 12 ans. Aujourd’hui, il est, comme beaucoup d’autres taggeurs des années 80, un artiste contemporain reconnu. L'histoire veut que ce soit après une arrestation par les services de la brigade anti-tag qu’il ait commencé à réfléchir à d’autres formes d’intervention urbaine. Mais l’histoire force le trait, refuse la continuité et sépare l’activité des taggeurs du monde fermé de l’art contemporain.

Tag et calligraphie

Pour les anglo-saxons, un graffeur est un « graffiti artist » et un taggeur est un « writer ». Leurs mots disent plus de l’essence artistique de ces pratiques que les nôtres. Le tag est un art de l’écriture.

Lorsqu’on parle de tag, on parle de l’écriture d’un nom, d’un mot ou d’initiales (le blaze), répété inlassablement sur les murs. Les taggeurs ont un amour esthétique pour la lettre et l’imbrication des lettres. Ce n’est pas le message mais la forme qui prime. L’exemple des pixadores, les taggeurs brésiliens, est frappant. Pour beaucoup, ils ne lisent pas le portugais mais réinterprètent les lettres pour développer une typographie unique. WEST, un graffeur emblématique du New York des années 80 disait ainsi qu’il fallait d’abord apprendre son alphabet puis apprendre son style.

La façon qu’a un taggeur d’écrire son propre blaze est presque impossible à reproduire de par la rapidité et les courbes qu’il adopte. Un taggeur expérimente aussi un tas de médium. Il n’est pas rare qu’il crée sa propre encre ou son propre outil pour écrire son nom. Le tag se rapproche en cela de la calligraphie.

L’Atlas a arrêté son DEUG d’histoire de l’art pour partir étudier la calligraphie auprès de maîtres arabes et chinois. Ce n’est pas un hasard si le tag, arrivé plus tard en Chine, a été directement reconnu comme une pratique artistique. Le tag fait davantage sens pour les chinois que pour les français dans la mesure où l’apprentissage classique de la peinture chinoise privilégie l’art du trait. Dans certaines civilisations d’Asie, on ne dissocie pas la lettre du dessin. Aujourd’hui, il suffit de regarder le travail des artistes El Seed, Pokras ou Cizer pour voir clairement la filiation entre calligraphie et tag. Dans un style très différent de la calligraphie traditionnelle, les membres du Pal Crew reprennent aussi à leur compte le travail de la lettre.

Radicalisme et répétition

La pratique du tag apporte cependant, en plus de la calligraphie, des logiques de répétition et de viralité. L’énergie du tag provient de la recherche d’une visibilité maximale. Le taggeur répète inlassablement la même signature. Le procédé de création et la répétition participe à l’œuvre elle-même et vient sans cesse l’enrichir (voire Le Diamantaire). Ce qui est souvent dénoncé comme du vandalisme et de la dégradation tient plus souvent de la volonté d’occuper l’espace urbain. L’illégalité fait entièrement parti du sujet, elle est parfois un leitmotiv, mais il s’agit avant tout de viralité. Les taggeurs se promotionnent par la rue. Ils occupent le temps de cerveau disponible des passants et concurrencent les grandes marques omniprésentes dans l’espace urbain (voire Toc Toc). Mais bizarrement, les passants ont davantage accepté l’occupation commerciale que l’occupation artistique…

Aujourd’hui, les outils de l’Atlas ont changé. L’essentiel de son travail est conçu pour être exposé en galerie. Ses toiles opèrent un subtil mélange entre art optique et calligraphie mais son expérience du tag est toujours présente dans le travail de la lettre et la répétition du nom.

Rue, galerie et publicité

Le jeune artiste et illustrateur Toc Toc a commencé à intervenir dans la rue il y a près de 3 ans, lorsqu’il est arrivé à Paris. Après avoir exposé ses Dudusses dans la rue pendant un an, il a commencé à exposer dans des galeries proches du street art. Aujourd’hui, il compte déjà plus de 6 expositions ainsi que des expériences d’illustrateur ou de directeur artistique pour des sites et des marques.

Depuis les années 2000, le street art a une place de plus en plus importante en galerie et sur le marché de l’art. Certains artistes sont très vite propulsés dans les cercles de l’art contemporain. Même si la stature de Toc Toc est encore modeste, elle interroge sur la place de street art. Pour ce jeune artiste qui s’est retrouvé en galerie avant même de s’être fait une place dans la rue, qu’est ce que représente l’intervention urbaine ?

Séparer les activités ?

Toc Toc lui ne se pose pas la question. Il peint depuis longtemps et ses Dudusses l’ont permis de créer une forme adaptée au street art (voire le Diamantaire). Ses personnages l’amusent et il aime les décliner selon les opportunités qui se présentent. Dans la rue, il est libre de faire ce que bon lui semble. Il rend ainsi hommage à des personnages qui l’ont marqué : des musiciens, des artistes des poètes mais aussi des anonymes ou des animaux. Tim Burton, Keith Haring, Gainsbourg, Bowie et bien d’autres se sont ainsi retrouvé transformés en Duduss dans les rues de Paris.

En galerie, le travail est différent. Toc Toc suit un thème qu’il s’impose autour de la musique, d’un film ou d’un personnage. Il reproduit inlassablement ses Dudusses parcequ’ils l’ont fait connaitre et qu’ils donnent une cohérence à l’exposition.

Est-ce qu’il s’agit alors d’une exposition de street art ? Le street art peut-il être ailleurs que dans la rue ? Tout semble fonctionner selon un procédé d’induction-déduction : celui qui fait des choses dans la rue est perçu comme un street artist par le monde de l’art qui labellise ensuite tout ce qu’il peut faire comme du street art. Toc Toc a d’abord fait un peu de street art, il est donc exposé en tant que tel et tout ce qu’il produit est présenté comme du street art ou « issu du street art ».

Finalement, les personnages de Toc Toc n’interrogent pas leur contexte. Ils se baladent avec lui qui les colle lorsqu’un endroit l’inspire. Toc Toc est un illustrateur qui a décidé de ne pas enfermer ses personnages. Fort de cette posture simple, ses personnages peuvent aussi se retrouver sur des toiles, des pulls ou des tasses. La logique de Toc Toc ne vise pas l’occupation de l’espace urbain (voire l’Atlas). Ses Dudusses se sont retrouvés dans la rue mais aurait pu ne jamais y être. La rue n’est pas une dimension intrinsèque à la valeur du travail de Toc Toc.

Street art et publicité

La rue a cependant une autre fonction. Toc Toc fait des études dans la pub et il sait que les agences admirent la visibilité de certains street artists. Les agences cherchent à faire passer des messages plus ou moins forts. Elles tentent aussi de faire parler les gens. Pour elles, s’appuyer sur des artistes qui disposent d’une certaine reconnaissance et qui transportent des valeurs appréciées par le public est un plus non discutable.

Déjà dans les années 1930, le directeur de la Royal Academy Kenneth Clark expliquait que face à l’art des salons, l’affiche publicitaire constituait une nouvelle forme d’art résolument populaire puisque tournée vers un large public.

La publicité emploie souvent les mêmes codes ou pratiques que le street art. Elle tente de saturer l’espace urbain de façon illégale ou non et de faire fonctionner une dimension virale. Les graffeurs et les street artists évoquent souvent la concurrence de la publicité. Face au public qui traite leur travail de vandalisme ou de pollution visuelle, ils renvoient simplement à la publicité illégale, omniprésente dans les quartiers populaires. L’art urbain est dans une démarche de générosité. Les artistes dépensent de l’argent et prennent des risques pour proposer autre chose que des messages politiques ou publicitaires. La publicité cherche au contraire un retour sur investissement.

La trajectoire de Toc Toc est curieuse parce que la rue a fait sa promotion et lui a ouvert les portes des galeries. Aujourd’hui, l’intérêt des professionnels de l’art pour le street art permet à des artistes de se promotionner par la rue. La démarche de générosité est associée à une démarche d’auto-publicité.

Aux origines de l’art urbain

Le street art est souvent présenté comme né du hip-hop et du graffiti. Pourtant les artistes n’ont pas attendu le hip-hop pour intervenir dans la rue. Jef Aérosol le clame haut et fort, il n’a jamais écouté de rap, il ne connait rien au hip-hop. Comme Mesnager, Blek le rat, Artiste ouvrier et tant d’autres, il n’a pas attendu les graffeurs pour être dans la rue.

Les rues ont toujours été des terrains d’expression. Les archéologues ont retrouvé des gravures sur le site de Pompeï. L’art dans l’architecture, comme support de messages, existe depuis des siècles sous des formes différentes. Beaucoup d’artistes ont travaillé sur la relation avec l’espace construit, avec la ville. Que ce soit à l’époque carolingienne ou gothique, la peinture a régulièrement été considérée comme un complément à l’architecture. La Renaissance a ensuite vu la fresque s’imposer comme un aspect majeur de la peinture, marqué par une forte dimension politique. En 1503 par exemple, la toute jeune république de Florence avait demandé à Raphaël et Léonard de Vinci de peindre deux murs du Palazzio Vecchio dans l’idée d’assoir sa légitimité.

Hip-hop et DIY punk

Dans les années 60, une série d’artistes a refusé de travailler dans le cadre d’institutions pour proposer un art éphémère et grand public. Les français Zlotykamien, Daniel Buren et Ernest Pignon-Ernest sont souvent considérés comme les pionniers d’un art urbain, proche des citoyens. L’influence conjuguée de ces artistes et du rock des années 60 puis du punk des années 70 ont marqué d’autres artistes. Au début des années 80, Paris était déjà clairsemé des personnages de Blek le rat ou de Speedy Graphito. Quelques années plus tard, Paris était recouvert de graffiti. La culture du Do It Yourself punk n’était finalement pas si éloigné de la culture hip-hop. Dans les deux cas, des jeunes qui n’avaient pas accès à la reconnaissance des institutions se sont mis à produire et diffuser leurs créations entre eux et pour la rue.

La lignée parallèle d’art urbain qui n’avait pas de liens avec le hip-hop a perduré en parallèle du graffiti. Aujourd’hui alors que de nouveaux types d’interventions urbaines s’inventent constamment, le dialogue entre le graffiti et la tradition alternative d’art urbain continue.

Né en même temps que le hip-hop, le graffiti a aussi évolué de façon autonome. Seen, pionnier du mouvement graffiti dit, par exemple qu’il n’écoutait pas de rap parce que ses amis étaient en train de le créer quand lui peignait déjà des murs. Futura 2000, autre figure marquante du graffiti est venu pour la première fois en France pour un concert des Clashs et non un concert de rap.

Culture musicale et culture visuelle

L’art urbain puise en grande partie son inspiration de la rue et de ce qui s’y passe. Les taggeurs ont développés leur propre forme d’art (voire l’Atlas) et ont souvent évolué vers des compositions d’envergure, plus colorées (le graffiti). Pour ce faire, ils s’inspiraient des danseurs, DJ et rappeurs qui évoluaient dans les mêmes terrains.

Jef Aerosol s’est aussi inspiré de la culture qui marquait son époque. Son iconographie est constituée de pochettes d’albums et d’affiches de concerts de groupes comme les B52. Cette culture néo-pop des années 80 portait un univers graphique très marqué avec des explosions de couleurs à partir duquel Jef Aerosol a développé son propre langage.

L’impact du graffiti sur la culture visuelle de l’intervention urbaine

Le graffiti a marqué la culture visuelle de l’intervention urbaine. Dans les années 80, les graffitis étaient partout dans les rues. Les terrains vagues de Stalingrad et les dépôts du métro s’étaient transformés en de véritables ateliers expérimentaux. L’énergie, les formes et les couleurs du graffiti ne pouvait pas laisser insensibles des artistes habitués à évoluer dans la rue. Jef Aérosol a développé un style dépouillé, où le noir et blanc domine. Il ajoute à chacune de ses œuvres une ou plusieurs flèches rouges qui font office de signature et rappelle les codes et le style du graffiti. C’est peut être le graffiti qui lui a donné le déclic de la signature et de l’aspect viral.

Le fait d’intervenir dans la rue ne suffit pas à réunir des artistes dans une case comme le street art. Aujourd’hui, des artistes qui n’ont rien à voir formellement partagent une culture commune. Jef Aérosol, Zeus, Shepard Fairey, JR ou Vhils interviennent dans la rue de façon radicalement différente mais se réclament tous d’une certaine influence des pionniers du graffiti comme Futura. Finalement, l’énergie du graffiti a modifié le rapport à la rue de nombreux artistes et a marqué un nouveau courant d’art urbain qui formellement ne cesse de se réinventer.

Squats et création artistique

Chez Robert : électrons libres, aujourd’hui plus connu sous le nom de 59 Rivoli, fut un des premiers squats d’artistes à s’installer en plein centre de Paris. En 1999, le trio KGB (constitué par Kalex, Gaspard Delanoë et Bruno) a décidé d’investir clandestinement l’immeuble appartenant à une entreprise publique. Les trois artistes squatteurs ont ensuite été rejoints par d’autres pour maximiser la visibilité du lieu.

Un an plus tard, il était impossible de ne pas remarquer le contraste que provoquait l’immeuble avec la sobriété de ses voisins haussmanniens. Deux ans plus tard, les squatteurs faisaient tout pour se faire entendre à l’approche des élections municipales. Bouillonnement artistique ouvert au public, le lieu connaissait un franc succès. Le nouveau maire de Paris, Bertrand Delanoë, alors bien décidé à dépoussiérer la politique culturelle de la ville, voyait d’un bon œil cet espace alternatif.

En 2002, la mairie de Paris rachète l’immeuble pour pérenniser l’action de ses artistes. En 2006, elle engage de grands travaux pour mettre l’immeuble aux normes. En 2009, lorsque le 59 Rivoli rouvre ses portes, il est devenu un « Aftersquat » ou « lieu conventionné ».

L’Aftersquat : l’occupation légale

Les artistes qui occupaient les lieux le réinvestissent autrement. Ils signent avec la Mairie une convention d’occupation de 3 ans renouvelable en échange d’un loyer symbolique de 5000 euros par an.

Cet épisode marque une véritable rupture dans l’histoire des squats d’artistes. Après de longues années d’expulsions systématiques, la Mairie a décidé de ne plus ignorer la question. Elle a créé un poste de ‘responsable des squats et des collectifs d’artistes’ au sein du cabinet de l’adjoint à la culture. Une nouvelle ère de conciliation des squats et de la Mairie s’est ouvert.

Pour que conciliation il y ait, il faut cependant que les objectifs du squat soit en adéquation avec la politique culturelle de la ville. Il n’y a officiellement pas d’ingérence de la Mairie dans la gouvernance du squat, mais la Mairie est tout de même responsable. Tout incendie, effondrement ou bagarre lui porterait préjudice. Ainsi, une modification majeure est intervenue. A la réouverture du 59 Rivoli, il n’était plus autorisé aux artistes résidents d’y vivre et d’y dormir.

Il faut désormais que la location soit justifiée et que le lieu remplisse des missions d’intérêt public. Tout ou partie des lieux doit être ouvert au public. Il faut aussi que les squats organisent des ateliers et des expositions. Il devient nécessaire de porter un projet et s’inscrire dans la vie de quartier. Anciens lieux d’utopie, les squats doivent aujourd’hui s’organiser, se responsabiliser et faire des concessions pour accéder à la sacrosainte convention d’occupation.

Idéalisme et activisme

Cette nouvelle donne fait débat parmi les collectifs et au sein même de certains squats d’artistes. Pour certains, les squats perdent leur âme en signant des conventions avec la Mairie. Ces conventions sont comparées à des contrats d’exploitation. Elles détruisent aussi le potentiel créatif des squats. A l’origine, ces lieux avaient l’ambition de réunir art et vie quotidienne. Les artistes investissaient des lieux pour réunir en un même endroit leur espace de vie, de travail et d’exposition. Ils avaient aussi l’idéal de créer leurs propres règles et d’organiser eux-mêmes leur communauté.

Pour Gaspard Delanoë, membre fondateur du 59 Rivoli, il est vrai que le verre n’est qu’aux ¾ plein. La convention d’occupation a amené certaines concessions mais l’essentiel demeure.

Il faut, selon lui, que les squats se maintiennent pour mettre en lumière les espaces vacants du centre ville ou dynamiser des quartiers de banlieue. Les squats doivent aussi créer des réseaux pour lutter contre l’isolement de nombreux artistes. L’action des squats permet de véritablement démocratiser l’accès à l’art.

Pour lui, le but des squatteurs n’est pas de vivre en autarcie pour finalement se faire expulser. L’absence de dialogue avec les pouvoirs publics se solde systématiquement par l’expulsion et il faut lutter contre cette tendance. Le but ultime est de conquérir des territoires pour que la culture alternative puisse s’exprimer.

Si les squats rendaient possibles certaines utopies, les aftersquats rendent tangible un certain activisme.

Partez à la rencontre de cinq quartiers de la ville et de ses habitants. Découvrez cinq pianos, créés par des artistes, installés au milieu de vos places, parcs et rues. Ecoutez des instants de musique produits au hasard des rencontres.

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